Le potager d'Hélène et Gilbert ou l'ingénierie au potager

Le potager d'Hélène et Gilbert
ou l'ingénierie au jardin

Potager d'Hélène et Gilbert ou la maîtrise du travail

Hélène et Gilbert en juillet 2020 © Henri Peyre

Ici tout est pensé vraiment à l’extrême même si au premier coup d’œil on ne voit que la bonne santé du potager et l’abondance des fleurs. En effet, rien ne laisse deviner derrière l’image idyllique de ce petit potager de 300 m² tout ce qui a été mis en place au fil des ans pour faciliter la vie au potager où chacun ici est complémentaire.

300 m² et une exposition ensoleillée

le tunnel de forçage pour tomates et courgettes

Serre à semis au fond et tunnel de forçage pour les premiers légumes du printemps © Henri Peyre

Nous habitions dans le village de Juillac, nous nous y sommes énormément plu, si bien que nous avons acheté en 1980 un grand terrain pour y installer la maison et le potager.
Notre potager doit occuper environ 300 m² et nous l’avons agrandi de quelques 50 m² supplémentaires quand le confinement a été mis en place car on ne savait pas pour combien de temps, on a donc pris les devants. En réalité notre potager varie selon les années.
Ici le terrain est plutôt plat, en pleine campagne et en plein soleil, et ça peut cogner à certaines heures. Nous avons juste quelques petits arbres fruitiers au fond du jardin qui protègent du froid du nord. Il y a aussi sur les bordures du potager d’autres arbres fruitiers mais dessous la culture ne réussit pas trop : regardez la ligne de carottes, les 3 premiers mètres près du fruitier ne poussent pas à cause de la concurrence des racines.

Peu de terre et un système d'eau maîtrisé

arrosoir, citerne et robinet pour l'arrosage du potager

Arrivée d'eau du puits au robinet, plus loin la petite cuve bleue pour le rinçage des légumes © Henri Peyre

La terre n’est pas profonde, c’est l’inconvénient majeur. Il y a peut-être 30-40 cm de terre, au-delà c’est la caillasse. Elle est plutôt acide, elle s’égoutte vite avec une tendance à sécher en été. Nous sommes obligés d’arroser et de pailler. Pour les plants de salade, je dispose un rouleau de canisse en guise de toiture pour éviter les trop fortes brûlures.

Par contre nous avons de l’eau : un puits à 8,5 m et un forage non utilisé aujourd'hui . Nous stockons cette eau dans des containers. Nous avons aussi installé un système de récupération des eaux de pluie de la serre et des auvents du jardin. Jusqu’à maintenant, nous n’avons jamais manqué d’eau et tant mieux car nous sommes obligés d’arroser environ tous les trois jours en été à cause de la faible profondeur de la terre.

Répartition des espaces : potager en pleine terre,
tunnel de forçage, serre à semis

vue générale sur le potager d'Hélène et Gilbert

L'allée centrale du potager, à l'entrée un composteur avec ses couteaux accrochés pour nettoyer les légumes récoltés, à droite un toit baché pour protéger les tomates du mildiou © Henri Peyre

Le potager comprend un espace en pleine terre, un tunnel pour profiter des légumes dès mai, une serre froide pour les semis. Plus loin un coin pour le compost caché derrière un arbre, enfin un coin pour brûler les plantes malades et éviter de contaminer le reste.

Nous avons eu un moment une très grande volière (aujourd’hui réserve à bois) avec 30 pintades autant de poules, des dindes… Le saccage des fouines et des blaireaux nous a dégoûtés. Nous élevions aussi quelques brebis pour le pré, aujourd’hui les chevaux d’une voisine font aussi bien le travail.

Notre potager est toujours organisé de la même façon : une allée centrale enherbée répartissant deux grands rectangles cultivés. Chaque planche de culture est séparée d’une planche de bois pour travailler car je n’apprécie pas vraiment d’avoir les pieds terreux.

Le plan n’a rien d’extraordinaire, il est très ordinaire, mais il est très fonctionnel et quand on passe 2-3 heures/jour on souhaite la simplicité d’usage.

Gilbert a installé tout un système d’arrivée d’eau enterré depuis nos containers de stockage : un robinet en plein centre de l’allée pour arroser mais aussi pour nettoyer les légumes récoltés, je dispose aussi d’une petite cuve alimentée par le robinet selon le système de chasse d’eau, un autre robinet à proximité du tunnel et un autre dans la serre à semis si bien qu’on n’a pas besoin d’allonger des kilomètres de tuyau ou de porter des arrosoirs trop lourds.

Choix des cultures : de quoi manger toute l'année
et beaucoup de fleurs

Les fleurs sont aussi présentes au potager

Différente sorte de choux bordés de dahlias, à l'arrière les vignes et le tunnel de forçage pour les premières tomates et courgettes © Henri Peyre

Nous faisons tous les légumes les plus courants du potager : tomates, concombres, cornichons, carottes, courgettes, choux de plusieurs variétés, échalotes, oignons, poireaux, haricots verts et grain, salades, courges, plantes aromatiques, etc.
Cette année nous essayons la pastèque, aujourd'hui elle nous montre ses fleurs jaunes, les melons sont formés, mais pas les pastèques.

Nous privilégions les variétés qui ont du goût plutôt que des variétés très productives. Par exemple nous aimons surtout les tomates Cœur de bœuf et Noire de Crimée, pour les melons notre préférence est le melon Charentais.

J’aime beaucoup les fleurs
pour l’œil et pour faire des bouquets :
- dahlias et lavandes pour les vivaces bordant le potager,
- zinnia, œillet d’inde, souci, reine marguerites au milieu des cultures ou en ligne. J'ai abandonné les capucines que j'adore, les pucerons en sont trop friands.

Planning

Gilbert dans la serre à semis
Gilbert dans la serre à semis qu'il a construite, l'eau du puits y a été installée © Henri Peyre


Novembre-décembre : on arrache les déchets végétaux et on étale le fumier pour l'hiver.

Janvier – février : semis préparés dans la serre à semis. C’est une serre construite par Gilbert en dur à la base et montée avec des fenêtres de récupération sur toute la façade sud. Bien qu’elle soit exposée au sud, elle reste froide ce qui rend les semis parfois capricieux. Nous achetons les graines chez Baumaux car je ne récolte pas les graines de l’année précédente. Je garde le surplus des graines que j'achète dans des boites au sec  pour l'année suivante.

Février – mars : nettoyage des mauvaises herbes, labour au motoculteur à 15 cm, apport de fumier (si en décembre ce n'est pas fait) et éventuellement de terreau.  L'amendement, le labour et l'affinage de la terre, en quelques jours le terrain est prêt, ce n'est pas comme de bêcher à la main, étant donnée la surface.

Mi-avril : semer les carottes, les petits pois et planter les échalotes, les oignons (blancs - rouges- Mulhouse). semence des pommes de terre précoces (Anaïs) sous tunnel.

Fin des gelées : plantation en pleine terre après les saints de glace, là le potager prend forme.

Un entretien quotidien

usage du croc pour désherber facilement

Le croc utilisé en ligne et en diagonal pour désherber © Henri Peyre

L’entretien principal consiste essentiellement en la chasse aux mauvaises herbes (l'habitude de dire "mauvaises herbes, non,  elles sont simplement au mauvais endroit) et à la vigilance « sanitaire »

Si on veut que ça reste beau et sain, il faut vérifier que tout va bien : pas d’attaque sur les feuilles (ramasser les doryphores par exemple), si oui prendre les mesures nécessaires, supprimer les fleurs fanées, ça booste la repousse d’autres fleurs. Cette année, j’ai eu des pucerons sur les concombres. J’ai tout de suite supprimé les feuilles infestées et les ai mises à sécher au fond du jardin avant de les brûler dans l’incinérateur.

Chacun ses outils

cueillette des concombres pour le repas de midi

Cueillette des concombres pour le repas, au premier plan on devine le léger paillage d'herbe tondue © Henri Peyre

J’utilise très peu d’outils et nous avons chacun les nôtres. J’ai un croc à trois pics pas très large, c’est mon outil préféré. Je plante de telle sorte que je le passe en longeant les lignes cultivées mais aussi en diagonale entre les plants. Les petites mauvaises herbes ne résistent pas longtemps.

Et comme tout le monde, nous avons : tranche forgée par Gilbert, râteau, binette, fourche… et bien sûr un motoculteur pour préparer la terre.

Dans les autres travaux d’entretien, il y a la tonte du reste du jardin. On garde l’herbe coupée pour pailler pas trop épais car l’herbe s’agglutine vite et empêche la circulation de l’air. On aurait bien envie de mettre de la paille mais encore faut-il trouver de la paille bio sans pesticides.

La quantité de travail

oignons tressés et pare-solail en canisse pour les plants de salade

Les oignons tressés qui sèchent avant ramassage et la protection en canisse qui protègent les plants de salade de l'ardeur du soleil © Henri Peyre

Il faut compter 2-3 heures/jour pour une personne. Il y a quelques années Gilbert s’occupait du potager, maintenant c’est surtout moi, mais il a gardé la partie « ingénieuse » : système arrosage, mise en place du tunnel à forçage, entretien et création des outils, par exemple il a rafistolé une brouette facile à tirer d’une seule main à partir d’une brouette de brocante.

De l’extérieur on pourrait penser que c’est beaucoup de temps, mais on en tire tellement de plaisir et de surprise. On est au grand air. Le matin quand je vais au potager, je me demande toujours ce qu’on va manger à midi !

 Les apports extérieurs

prunes pour la mise en bocaux

Les prunes début juillet 2020 qui vont terminer en bocaux © Henri Peyre

En apport extérieur : le Biofertil, jusqu’à ce début juillet nous avons fait un passage. Ca renforce les plants et favorise la venue des fruits, le but étant tout de même de manger. Nous l’utilisons depuis plusieurs années, c’est un bon produit.
A part ça, nous traitons à la bouillie bordelaise. Ici à Rochechouart, avec la chaleur et l’humidité c’est difficile de faire autrement car l’oïdium s’installe facilement. Nous avons aussi du purin d’ortie.

Si on veut manger quelque chose, on est obligé de passer par là. Nous sommes en quasi autosubsistance pour les légumes sur l’année. Je prépare des conserves, déjà 11 bocaux de 1litre de prunes au sirop léger en ce début juillet, et des surgelés pour le reste de l’année car nous ne pouvons pas tout manger en été. Pour les fruits, nous n’avons que quelques pruniers et fraisiers ce qui nous oblige à compléter.

Philosophie du jardin

fraises et poireaux

Fraises sur film protecteur, rangées de poireaux et planches de circulation en juillet 2020 © Henri Peyre

Nous avons un potager depuis de nombreuses années et chaque année on a continué en apportant des améliorations de « confort » : le système d’eau, les composteurs un peu partout avec des couteaux accrochés pour garder ce qui va à la cuisine, un petit robinet pour ne pas ramener des légumes terreux à la maison… Bref ce potager organisé très simplement et fonctionnel nous convient parfaitement. 

Gilbert est très bricoleur et moi j’aime bien que les choses soient pratiques.
Nous ne nous sentons pas condamnés à rester ici à la belle saison. Si nous partons en vacances quelques jours, ce qui nous arrive, nous avons toujours quelqu’un qui vient arroser. Au retour, on voit alors combien l’entretien journalier est indispensable : on ne retrouve pas le potager que nous avions laissé.


Nos objectifs

beaucoup de fleurs au potager d'Hélène et Gilbert

Dahlias, soucis et choux au potager début juillet 2020 © Henri Peyre

Ils sont multiples :

  • Le plaisir du jardinage et de prendre l’air.
  • L’envie de bien manger, et puis c’est une surprise de chaque jour : que va-t-on manger aujourd’hui ?
  • Comme ça revient chaque année on peut essayer quelques trucs en plus : cette année dans les 50 m² supplémentaires, j’ai essayé les cucurbitacées sur grillage, bon, je trouve qu’elles ne poussent pas aussi bien mais on verra le résultat. J’ai planté aussi des pastèques suite aux précédents étés très ensoleillés.
  • Une satisfaction pour les yeux, nous le trouvons beau.

Un système d'eau au point

petite citerne pour le nettoyage des légumes et l'arrosage ponctuel de légumes

Petite cuve à système de chasse d'eau pour limiter son remplissage au milieu du potager © Henri Peyre